Vendredi 28 décembre 2007

   La congrégation Or hahayim a rendu hommage au Dr Jacob Garzon le 15 décembre 2007. Ça a été une très belle initiative.

Nous voulons partager avec vous le discours prononcé par le Dr Jacob Garzon ce jour là. 

Vous pourrez ajouter un commentaire.

                                       

  Monsieur le rabbin Ohana,

 Messieurs les présidents,

 Madame la présidente de l’école Maimonide,

 Mes chers collègues et néanmoins amis

 Mesdames et Messieurs,

 Ma chère famille,

          Je veux tout d’abord vous dire combien je suis surpris de cette extraordinaire marque d’affection et combien je suis ému.

J’ai reçu un grand nombre d’appels, de cartes me félicitant. Je ne savais pas que je pouvais susciter tellement d’attentions et d’affection.    

 

            Quand le rabbin Ohana m’a appelé pour me parler de son complot, J’ai essayé de l’en dissuader but he does not take NO for an answer. 

 

            Il m’a même demandé de faire un speech …Si seulement vous saviez combien je suis réservé et même très timide.  

 

 

 

          Je ne vais donc pas vous faire un dvar thorah…J’en serai bien incapable.  

          J’ai donc décidé de vous parler de la seule personne que je crois connaître, de vous ouvrir mon cœur, de reconnaître  mon sale caractère parfois et surtout d’essayer d’enlever ma carapace.   

          Je vais donc essayer, en moins de dix minutes, de vous raconter mes expériences marocaines, canadiennes, ashkénazes.  

          Ma jeunesse d’abord, au Maroc, fut magnifique. Des parents extraordinaires, sept frères et deux sœurs absolument super… Même si comme aîné, je devais m’occuper des plus jeunes.  

          Avec ma mère c’était l’enseignement à outrance…Le style marche ou crève comme dans la légion étrangère…Donc c’est l’université, et moi son aîné, my son the doctor…why does it sound so jewish.     

          Avec mon père c’est le sport : marche, natation. Et puis ensuite le rugby avec Felix et Haim, mes frères. Ce fut aussi l’époque  du scoutisme, bylou, éclaireur Israélite de France.    

          En 1955, c’est la séparation, je pars à Paris faire médecine…Je rentre dans l’équipe de rugby de la fac de médecine de Paris et j’ai failli accepter de jouer professionnel. Cette utopie n’a duré que quelques instants car ma vie aurait été de très courte durée…ma mère… D. ait son âme.    

          En 1959, j’ai épousé Ruby, et de retour à Paris elle s’est embarquée à l’école Polytechnique Féminine.    

          Eric naissait en 1960.    

          En 1961, nous sommes de retour au Maroc, bien décidés à y rester.   

          Ce fut une époque héroïque à Casablanca.   

          Ma première expérience chirurgicale fut déplorable étant arrivé en retard en salle d’opération, péché capital. Le docteur Comte m’envoya promener quand je dis que je n’avais aucune expérience chirurgicale.   

          Et je me retrouve au laboratoire d’anatomie pathologique où j’apprends à disséquer, à suturer, seul.   

          Ma première expérience antisémite fut de me retrouver exilé à la léproserie de Casablanca. Mon premier contact fut cette jolie fille qui me sauta au cou pour me remercier de venir les aider. Je n’avais pas reconnu qu’elle était lépreuse et quand je l’ai su, j’ai paniqué. J’étais prêt à me jeter dans le premier stérilisateur venu. Mais j’ai vite appris que c’étaient des êtres humains, qui avaient besoin d’aide, ce fut trois mois d’apprentissage magnifique. 

         En 1962, Laurent naissait.     

          Après Casablanca, je fus exilé à Kenitra :    

          JAMAIS AUCUN EXIL N’A ÉTÉ AUSSI BÉNÉFIQUE.  

          Les hôpitaux du Maroc à cette époque fonctionnaient un peu comme médecins sans frontières. En tant que juif, j’ai été toléré, sans plus. Mais j’ai appris à me battre…Après tout je faisais partie de l’équipe nationale et internationale de rugby du Maroc.   

 Comme résident, il fallait faire tout soi-même : l’anesthésié, la chirurgie… L’affaire était que if you did not do it, nobody  will do it.

 La chirurgie avec ou sans aide…et surtout sans expérience mais heureusement que les bouquins étaient là, un peu comme un GPS aujourd’hui. L’apprentissage était du style : you see one , you do one, you teach one. Incroyable mais vrai, surtout que je n’avais pas tellement de casse.    

 

 

            Une anecdote mémorable, en deuxième année de résidence à Kenitra, une nuit de Ramadan, s’amène à dos de mulet une jeune femme enceinte à terme avec une rupture utérine. Un bébé mort, une femme exsangue  et je n’avais aucune expérience devant une telle situation. Mes patrons musulmans refusent de venir …Je l’endors je l’ouvre je sors  le fœtus mort, j’enlève l’utérus déchiqueté, contrôle l’hémorragie, et pendant tout ce temps là pas de sang disponible de la banque…Le Ramadan… Ni une ni deux, je m’allonge sur une civière à ses côtes et je demande à l’infirmière de me brancher pour une transfusion directe…Avec une telle vigueur, cette transfusion, que je perdais conscience, mais la patiente a survécu. Le résultat de ce petit fait :

          Beaucoup de sang recueilli, une protection instantanée pour ma petite famille, et pour la population musulmane de Kenitra, j’étais devenu le bon D.   

 

 

           Un an après, il était clair qu’il fallait quitter le Maroc, où j’ai tant appris, pratiquement tout seul, où j’ai travaillé comme un forcené, nuit et jour, sauf quand il y avait un match de rugby.

 J’avais calculé le nombre de cas majeurs que je faisais seul à Kénitra : 235 cas par mois, ce qui fait une moyenne de 8 à 9 opérations par jour ou nuit, unherd off, quand on pense qu’un chirurgien très occupé à Montréal, va faire un maximum de 40 cas majeurs par mois.   

 

 

           En 1964 nous quittons le Maroc sans le sou, pour Montréal…Je savais que je devais repasser mes examens, refaire 5 ou 6 ans de résidence en chirurgie…Mais je ne savais pas que je serais encore en butte à de l’antisémitisme : à Sainte Justine, le directeur médical m’accepta pour une résidence en chirurgie pédiatrique…mais quand j’ai eu remplie mon application et que j’ai marqué JUIVE à religion… je suis devenu ce que je suis aujourd’hui un chirurgien pour adultes et ce grâce à la communauté juive ashkénaze, au Jewish General Hospital.

         Je dois beaucoup à feu Dr William Slatkoff, et Israel Shragovitch chef de chirurgie. Ils m’ont fait confiance dès le début et épaulé.   

 

 

            Ça ne m’a pris que quelques mois pour faire mes preuves et être intégré à part entière dans ce milieu ashkénaze qui ne savait pas et ne comprenait pas ce que c’était qu’un juif marocain.   

          Il me faut mentionner ici que Kénitra m’a beaucoup aidé en m’enseignant toutes les maladies parasitaires et exotiques inconnues à Montréal. C’était aussi l’époque d’une grande immigration méditerranéenne à Montréal avec leur éventail de maladies que je connaissais bien. Ce qui fait que j’ai bien paru,  je stifais mes patrons parce que je savais reconnaître tout de suite que Hassa avait une tuberculose osseuse, que Zouave avait un kyste hydatique au foie etc.…Choses inconnues à Montréal. J’ai humblement adoré cette époque surtout because I was taken at full value.   

          Je dois ici remercier mes amis Drs Harvey Sigman, Richard Margolese, Frank Guttman et Ned Better, qui m’ont intégré immédiatement. Un merci spécial à Ned et Helen Better qui nous ont collé la fièvre du ski.     

          Je manquerais à tous mes devoirs de ne pas mentionner l’aide que nous avons reçue de la communauté, de JIAS, de Hebrew free loan.  

          Toute cette période de résidence, tant au Maroc qu’à Montréal : dix années, fut longue et taxante pour ma famille. Je n’étais que rarement à la maison, étant à l’hôpital 110 heures par semaine ce qui fait une moyenne de 15 heures par jour.    

          Heureusement que Ruby était là, d’un soutient incroyable, pratiquement toute seule elle a élevé et éduqué Eric et Laurent. Il n’y a pas encore longtemps, Eric me reprochait de ne pas avoir été là pour lui. Sorry Eric…          

          Début 1970, mes examens, le fellowship etc.…et c’est le début de ma pratique chirurgicale qui a démarré en canon grâce à la communauté sépharade. Puis grâce à Ruby, elle m’a entraîné à courir avec elle…J’ai réussi plusieurs marathons. Après tout c’étaient les vacances n’ayant à travailler que 60 heures par semaine.

          C’était aussi la période du pay back : je m’étais impliqué à l’ASF,  mais n’étant pas très politico orienté, je lâchais après en avoir été le vice-président. En même temps je m’occupais de l’appel juif unifié sépharade dont je fus le deuxième président et par la suite je me suis consacré à la division médicale sépharade-ashkénaze jusqu’en 2005.

          Les années passèrent et devenaient un peu trop routinières à mon goût. J’avais soif de nouvelles techniques et la chirurgie laparoscopique arriva à point en 1990. Encore fallait-il prouver son efficacité et sa sécurité.

          Je me suis donc embarqué là-dedans avec un de mes collègues le Dr H. Sigman, et nous avons organisé un laboratoire animal afin d’évaluer et d’apprendre la technique. En juin 1990, quand convaincus de la valeur sûre de la chirurgie laparoscopique, nous avons procédé à la première ablation de la vésicule biliaire au JGH. Puis nous avons organisé un cours avec laboratoire animal réservé à des chirurgiens intéressés des Etats-Unis et du Canada qui surtout ne dénigraient pas cette technique. Ce fut un succès foudroyant…Puis j’enseignais la technique à chacun de mes autres collègues du JGH. Encore aujourd’hui, je retire une telle satisfaction de voir le patient rentrer chez lui le jour même pratiquement sans douleur et de reprendre pratiquement ses activités normales.

          Ce nouveau développement a été grandement facilité par Henri Elbaz, directeur général du JGH. Henri Elbaz a été la dynamo dans le développement extraordinaire du JGH.

         Avec la laparoscopie, la chirurgie abdominale a été presque complètement bouleversée, en mieux bien sûr.

          Et maintenant, nous venons d’obtenir un robot et the sky may become the limit.

          Et dire qu’en 2000, je devais prendre ma retraite, mais j’en fus dissuadé rapidement par plusieurs membres du board du JGH et certains de mes collègues.

          Je vais donc recommencer une deuxième jeunesse en m’entraînant en chirurgie robotique en 2008.

          Comme vous voyez, ma vie professionnelle a été excitante et l’est encore. J’adore enseigner et propager mes connaissances chirurgicales.

          Dans mon métier comme dans beaucoup d’autres on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…J’ose espérer que je n’en ai pas trop cassé.

          J’ai beaucoup pensé à savoir : si je devais à avoir à refaire ma vie, est ce que je changerais quelque chose… Je suis arrivé à la conclusion que NON, car j’Y ai mis mon cœur mon âme et ma famille. Je referais la même chose.

          En terminant, merci de tout mon cœur à tous ceux qui sont responsables de cette reconnaissance. Merci au Rabbin Ohana.

          Il faut dire que je n’aurais pas été là sans la détermination de mes parents.

          Un énorme merci à Ruby qui a toujours été d’un soutient inébranlable.

          Eric et Laurent, j’essaie de me rattraper.

          I love you all.

                                                                   Jacob GARZON

                                                                    MD, FRCSC.

 

RUBY & JACOB GARZON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 RUBY & JACOB GARZON

 

 

 

 

 

 

Par Dan - Publié dans : megal
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